04/07/2012

L’homme qui n’existait pas / Bonin / Futuropolis

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N’avez-vous jamais eu cette sensation étrange d’être transparent pour les autres ? Et même peut-être pour vous-même. Léonid Miller est informaticien. Sa vie n’a pas beaucoup de relief. Il est célibataire et n’a pas vraiment de passion si ce n’est le cinéma. C’est d’ailleurs dans les films qu’il se projette pour incarner l’un ou l’autre personnage dont la vie, quoique fictionnelle, lui semble plus consistante que la sienne. Ces personnages du grand écran lui apparaissent bien plus réels que les gens de la vraie vie. A force de se focaliser sur ce monde virtuel, Léonid Miller s’estompe soudainement. Il devient réellement invisible et inconsistant. Il assiste alors impuissant aux événements qui suivent comme la réattribution de son appartement. Il ne lui reste alors comme seul refuge que la cinémathèque. C’est là qu’il découvre Françoise Angelli, une jeune comédienne qui partage d’une certaine manière sa particularité, en ce sens qu’elle vit sa vie par procuration au travers des rôles qu’elle interprète. Par la force de l’empathie, Léonid tombe sous le charme. Mais, Léonid étant devenu immatériel, Françoise lui reste inaccessible. Un rapprochement se profile pourtant, car Françoise devient petit à petit transparente. Un superbe conte moderne sur le thème de la virtualité des rapports sociaux et sur la nécessité de valoriser nos propres particularités. « L’homme qui n’existait pas », par Bonin, aux éditions Futuropolis.

 


M.Descornet

 

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22/10/2011

La belle image / Bonin / Futuropolis

 

C’est un vrai bonheur de lire une histoire servie par le trait sensible et élégant de Cyril Bonin. Il crée des ambiances très personnelles, riches en expression et en même temps d’une légèreté subtile en un bel équilibre semi-réalisme. Les superbes couleurs aux tons chaleureux viennent compléter et consolider la belle harmonie qui se dégage de son travail. Après « Chambre obscure », un diptyque original et réussi, il adapte « La Belle image », un roman fantastique et ironique de Marcel Aymé. C’est l’histoire peu ordinaire de Raoul Cérusier, un homme a priori on ne peut plus ordinaire, un bourgeois vivant d’habitudes et de petits succès professionnels juste suffisants pour lui donner l’illusion de vivre intensément. Un jour, son visage s’est subitement métamorphosé. Raoul, qui avait un physique anodin, est devenu redoutablement séduisant. Le regard des femmes sur lui a radicalement changé. Les occasions de tromper sa femme se multiplient mais Raoul résiste tant bien que mal à la tentation. Dans son esprit va pourtant germer une idée saugrenue. Méconnaissable, il envoie son ancien moi en voyage d’affaire précipité et endosse un nouveau moi. Il élabore un plan destiné à conquérir le coeur de sa femme et de reprendre sa place au sein de sa famille, de ses enfants. Un récit qui pointe les faiblesses humaines tout en montrant une grande indulgence. « La belle image », par Bonin, aux éditions Futuropolis.

 

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15/10/2011

Chambre obscure / Bonin / Dargaud

 

A la fin du dix-neuvième siècle en France, un voleur astucieux et stylé sévit. Il s’intéresse particulièrement à des œuvres d’art, des bijoux. Né sous la plume du romancier Maurice Leblanc, Arsène Lupin a séduit des générations de lecteurs et inspiré pléthore d’auteurs. Cyril Bonin fait partie du lot. Il s’en démarque cependant par un regain d’originalité, mélant des éléments classiques d’une enquête à la Hercule Poirot, policier imaginé par Agatha Christie, à des allusions au féminisme. C’est d’ailleurs historiquement un choix judicieux puisque c’est à la même époque que les mouvements de libération des femmes se ravivent et se structurent pour imprimer leurs actions réformistes dans la durée. Alma se revendique des féministes. Voyageuse aventurière, elle affiche ostensiblement sa liberté conquise au prix d’importants sacrifices. Son mode de vie s’accomode du célibat, même si ses atouts lui valent quelques prétendants, malheureusement vite refroidis. L’inspecteur Alcide Leblanc est tombé sous le charme, lui aussi, mais avec discrétion quoiqu’avec persévérance. Cartésien obstiné, et paradoxalement superstitieux, il tente d’élucider un vol de tableaux bien singulier commis en la demeure de cette famille bourgeoise aux personnalités bien affirmées. De son tracé somptueux, Bonin fait vivre cette intrigue fouillée. Splendide ! « Chambre obscure », un dyptique ingénieux signé Cyril Bonin aux éditions Dargaud.

 

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10/04/2010

Chambre obscure, T.1 / Bonin / Dargaud

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Au début du vingtième siècle, une famille bourgeoise est victime d’un cambriolage pas banal. Trois tableaux sans valeur sont dérobés
. Ils représentent des ancêtres de la famille Damboise. La vaste demeure familiale est alors habitée par la jeune Séraphine, son père Simon, un industriel bedonnant, sa mère Edmée, une hypochondriaque cloîtrée dans sa chambre, le grand-père, continuellement assis dans son fauteuil, et la tante Alma, une jeune aventurière de passage, sans oublier Maurice, le majordome discret. Séraphine se pâme d’admiration pour Alma. Elle suit tous les exploits de sa tante, une femme volontaire, aviatrice et militante féministe, donc célibataire. Pour enquêter sur le vol des tableaux, l’inspecteur Leblanc interroge tous les témoins potentiels. Les indices sont maigres. Mais une inspection des lieux lui fournit matière à réflexion. Son sens aigu de l’observation lui permet ainsi de découvrir un curieux tatouage sur le poignet du majordome. Ses investigations le mènent à un receleur chez qui il retrouve deux des trois tableaux. Ca ne lui dit toujours pas pourquoi ils ont été dérobés, ni quel est l’intérêt du troisième. Cyril Bonin, en auteur complet, signe un remarquable polar digne des meilleurs romanciers, servi par un graphisme élégant et des couleurs superbes qui créent des ambiances envoûtantes. « Chambre obscure », premier tome, par Bonin, aux éditions Dargaud.

 

BD commentée par Marc Descornet

 

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01/05/2009

Quand souffle le vent / Galandon, Bonin / Dargaud

Cette histoire se situe au début du vingtième siècle dans le Nord de la France, une région minière. C’est l’époque où les disparités sociales sont criantes et où la colère gronde, les tensions montent avec un parfum de révolte. Les mineurs protestent contre leurs conditions de travail de plus en plus dangereuses. L’infrastructure n’est pas entretenue. Les accidents se multiplient. La superstition attise les craintes. Alors quand des tsiganes arrivent, c’est comme si le mauvais œil allait s’abattre sur les mineurs. La confrontation avec les nouveaux venus va encore être attisée lorsque l’exploitant de la mine fait appel aux tsiganes pour remplacer ses ouvriers en arrêt de travail. C’est une poudrière sociale qui pourrait exploser au moindre coup de grisou. Et puis, il y a un secret honteux qui reste bien enfoui au plus profond des entrailles de la terre, et qui, lui aussi, ne demande qu’à surgir. C’est la face à face entre deux groupes humains fragilisés qui donne tout son suc à ce récit habile, dont un des moteurs est l’amour, même si la haine est bien présente. Le ton est juste, les réalités sociales finement rendues, opposant deux communautés aux caractères forts. Le traitement graphique amplifie les antagonismes et rend admirablement les ambiances rudes et les relations interpersonnelles complexes. « Quand souffle le vent », par Galandon et Bonin, aux éditions Dargaud.

 

BD commentée par Marc Descornet

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