12/12/2011

La Princesse de sang / T.2 / Cabanes, Manchette / Dupuis / coll.Aire libre

 

Il y a cinquante ans, la révolution cubaine voyait Fidel Castro monter au pouvoir. C’est pendant cette période enflammée qu’une chasse à l’homme se déroule dans la Sierra Maestra, ou plutôt une chasse à la femme. La photographe Ivory Pearl est convaincue d’avoir retrouvé la nièce d’un homme influent. Cette femme serait donc Alba Black, petite fille disparue lorsqu’elle avait six ans lors du massacre de toute sa famille. Ivory et Alba ont un commando de mercenaires à leurs trousses. Elles semblent pourtant bénéficier de l’aide providentielle d’un mystérieux tireur à l’arc embusqué. Et puis, il y a Robert Messenger, un ami de Ivory, qui tente de la secourir mais se fait capturer par les mercenaires. La tension est palpable, d’autant plus que cet enfer vert est quadrillé en tous sens par l’armée de Fidel Castro. Max Cabanès propose une interprétation magistrale du dernier roman de Jean-Patrick Manchette. Il restitue admirablement le suspens de la situation de plus en plus précaire des deux femmes à cours de nourriture, épuisées, au bord de la rupture. Ce récit a tout du thriller à cordeau tendu, doublé d’une aventure palpitante qui se conclut par un final en apogée, le tout sur un fond historique et géographique sensible. Remarquable ! « La Princesse de sang », second tome, par Cabanes et Manchette, aux éditions Dupuis, collection Aire libre.

 

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20/04/2011

Féroces tropiques / Bellefroid, Pinelli / Dupuis / coll.Aire Libre

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Faire son entrée dans la BD par la collection Aire Libre représente un privilège. C’est que ce récit féroce recèle quelques belles découvertures. Graphiquement, le lecteur se prend une claque magistrale, comparable celle suscitée par Hugo Pratt. Alors que Pratt poussait la technique du trait jusque dans ses plus loins retranchements, Pinelli insuffle son âme dans la couleur, tirant de ses tubes la quintessence de leur intensité. Le plus beau, c’est la synchronisation avec la trame de cette fiction s’inscrivant dans un contexte historique, la première guerre mondiale, ses prémisses et ses suites. Englué dans cette période trouble, Heinz, un peintre allemand fauviste incompris, au talent aussi méconnu que celui de Pinelli, participe à une expédition océanographique au bout du monde. Abandonné en Papouasie, recueilli par les indiens coupeurs de têtes, Heinz va de révélations en révélations. Pétrie d’humanisme, cette BD hors normes, fait l’apologie de l’anticonformisme et de la fraternité entre les peuples, de l’universalité de la fibre artistique, des émotions qu’elle génère, mais aussi de la rencontre contrariée entre la nature et l’homme. Une BD audacieuse, instinctive, à la forte personnalité chromatique, à la fois belle et sauvage, crédible bien que fictionnelle, épique et étrangement prosaïque : « Féroces tropiques », par Bellefroid et Pinelli, aux éditions Dupuis, collection Aire Libre.

 

M.DESCORNET

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22/11/2010

Rose d’Elisabethville / Séraphine, Barboni / Dupuis / coll.Aire Libre

 

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En cette année de commémoration de l’indépendance du Congo, il est de bon aloi de publier un album traitant du sujet. Mais publier pour publier, répondre à une logique commerciale pure, c’est peu reluisant. Alors tant qu’à faire, autant miser sur la qualité. Séraphine ne figure pas parmi le dessinatrices les plus prolixes mais sa production témoigne d’un cheminement vers l’excellence. Graphiquement très maîtrisé, cet album de circonstance aborde les relations entre la Belgique et sa colonie au moment où celle-ci acquiert son indépendance, au moment où son destin, à l’heure du divorce, va basculer pour le meilleur ou pour le pire. Un jeune couple cristallise les tensions. L’harmonie règne entre Rose et Eric. Rose est infirmière. Eric est journaliste et ses articles prennent ostensiblement position pour les anti-colonialistes et Patrice Lubumba, ce qui lui attire évidemment des ennemis politiques. Rose attire malgré elle la convoitise de malfrats sans scrupules. Elle a reçu d’une connaissance du Katanga, où elle a grandi, une pierre précieuse et une lettre, un testament. Ce document va la lancer dans un jeu de piste périlleux. Tout en finesse, ce récit mené par deux femmes réussit le mélange idéal de l’intrigue géopolitique et un brin romantique, défendue par des personnages consistants. Une BD belle, prenante et intelligente : « Rose d’Elisabethville », par Séraphine et Barboni, aux éditions Dupuis, collection Aire Libre.

 

BD commentée par Marc Descornet

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17/11/2010

Les Gens honnêtes / Deuxième partie / Durieux, Gibrat / Dupuis / coll.Aire Libre

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Cette suite et fin était fort attendue. Philippe est un quinquagénaire qui a perdu son travail et sa femme. L’entrée en matière peut sembler dénuée d’intérêt scénaristique, tant elle a été et est encore rabachée dans moult BD, romans, films, sit-coms, et j’en passe. Et pourtant, c’est justement cet aspect très commun qui confère aux « Gens honnêtes » une consistance à la hauteur du défi. Car défi, il y a, assurément. D’abord pour la simple raison qu’il n’est pas aisé d’accrocher le lecteur avec un thème si bateau, ensuite parce que le propos est audacieux en lui-même. Philippe surmonte les difficultés qui l’accablent grâce à un ami fidèle. Mais pas seulement. Certaines rencontres se révèlent décisives. Robert est un bouquiniste hors normes. Il cultive une passion pour le bon vin. Son plaisir le plus jouissif consiste à déclamer de larges passages extraits de la haute littérature française en dégustant le bon cru qui se marie la mieux à l’esprit du texte. Tout un art. Robert, le bon vivant, initie Philippe, et le remet sur les rails. C’est donc ainsi que notre quinqua se lance dans une aventure à bord des trains. Il ouvre un salon de coiffure itinérant avec pour tout bagage ses ciseaux et peignes. Il squatte le wagon bar et démarche les voyageurs qui n’ont de toute façon rien d’autre à faire avant d’arriver à destination. « Les Gens honnêtes. Deuxième partie », par Durieux et Gibrat, aux éditions Dupuis, collection Aire Libre.

 

BD commentée par Marc Descornet

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03/05/2010

Toute la poussière du chemin / Martin, Antunes / Dupuis / Aire Libre

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Aux Etats-Unis, la crise de mille neuf cent vingt neuf a laissé une trace vivace dans les mémoires. La débâcle financière a entraîné une catastrophe à tous les niveaux de l’économie et une complète désorganisation de la société. Des hommes, des femmes et des enfants, de tous âges, de toutes origines, se sont retrouvé dans une misère crasse. Tom a, lui aussi, tout perdu. Il erre sur les routes à la recherche de petits boulots de ci de là, de quoi se nourrir, de quoi survivre. Sur sa route, il croise d’autres désespérés. Un jour, c’est un jeune gamin qui l’accoste et souhaite faire un bout de chemin avec lui. Mais Tom est un taciturne et un solitaire endurci. Il a pourtant un bon fond et ne peut s’empêcher de venir en aide à son prochain, quel qu’il soit. Les aléas de cette vie itinérante lui font découvrir, et lecteur aussi par la même occasion, toutes les facettes de la bêtise et de la cruauté humaine, et parfois quelques moments d’espoir. Cette BD s’inscrit dans un contexte historique particulier pour disséquer des travers éternels, des comportements propres à l’homme, capable du meilleur comme du pire, qui excelle surtout lorsqu’il s’agit d’infliger de la douleur mentale et physique à ses semblables. C’est raconté sans excès, avec une justesse implacable et graphiquement d’une lisibilité exemplaire. « Toute la poussière du chemin », un one shot signé Martin et Antunes, aux éditions Dupuis, collection Aire Libre.

 

BD commentée par Marc Descornet

 

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09/03/2010

Vitesse moderne / Blutch / Dupuis / coll.Aire libre

Cet album atypique connaît une réédition en petit format mais toujours aussi dense et déstabilisant. Blutch a reçu le grand Prix de la ville d’Angoulème l’année passée. Cet auteur au trait élégant et expressif, digne héritier des dessinateurs de presse du début du siècle passé, nous étonne avec un récit tiré par les cheveux, une plongée dans le monde de la nuit. Nous y suivons Lola, une jeune et ravissante danseuse accostée par Renée, une écrivain touchée par la grâce de Lola et qui souhaite lui consacrer son prochain livre. Lola accepte que Renée la suive dans tous ses déplacements, et ils seront nombreux. Un course folle rythme les étapes irréalistes du parcours des ces deux femmes, prisent dans un tourbillon onirique. Lola va aller de déboire en déboire, croisant son père qu’elle a du mal à reconnaître, et qui lui assène quelques fables à la morale bancale pour ne pas dire perverse. Et puis, il y a cet imposant et inquiétant amoureux éconduit par Lola, qui s’en prend à Renée. Il y a aussi cette horde de violeurs platoniques. Et le professeur de danse, un allumé qui vit sur sa gloire passée et qui tombe dans un délire autodestructeur. On n’y comprend rien et pourtant on lit cette histoire jusqu’au bout, entraîné par son tempo haletant. Cette BD phénomène illustre par sa forme le cours de notre vie trépidante, à la merci du temps qui passe de plus en plus vite. « Vitesse moderne », par Blutch, aux éditions Dupuis.

 

BD commentée par Marc Descornet

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23/12/2009

La princesse du sang, T.1 / Cabanes, Manchette / Dupuis / coll.Aire Libre

Inspiré du roman éponyme, ce récit relate les aventures d’Ivory Pearl. Journaliste de son métier, la jeune femme est envoyée sans le savoir sur une affaire à Cuba. Sous le coup du chantage, son ami et mentor, le lieutenant Robert Messenger l’a en effet aiguillé non loin d’un campement de fugitifs. Après plusieurs semaines passées seule dans la jungle, Ivory rencontre Victor et Negra. Le premier se présente comme le tuteur de la fillette et lui explique que tous deux n’aiment pas vivre en ville. Une relation d’amitié s’établit entre Ivy et la jeune Negra, en quête d’un modèle féminin. Ivory découvre que Negra n’est autre qu’Alba Black, la victime d’une terrible attaque s’étant déroulée quelques années plus tôt sur un autre continent. L’arrivée d’un hélicoptère chargé d’hommes armés la pousse à prendre la fuite en compagnie de Negra… Grand récit d’aventure et d’espionnage, le scénario bien ficelé de ce polar nous entraîne sur les traces d’une fillette qui échappe de peu à une vendetta sanglante. Prévue en diptyque, l’histoire fait également le portrait d’une héroïne séduisante dotée d’une grande assurance. Que dire de plus si ce n’est que le graphisme est également splendide : le trait élégant de l’auteur donne un aspect terriblement réaliste aux personnages clés de ce scénario complexe. À suivre de près, la première partie de « La princesse du sang », par Cabanes et Manchette, est publiée aux éditions Dupuis, collection Aire Libre.

 

BD commentée par Maïté Vanneste

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