09/07/2012

L’île au trésor / Stassen, Venayre / Futuropolis

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De grands romans se révèlent intemporels tant ils gardent de leur pertinence au fil du temps. « L’île au trésor », de Robert Louis Stevenson, en fait partie. Ce roman d’aventures a inspiré et inspire encore de nombreux raconteurs d’histoires. Le personnage central, Long John Silver, est devenu la figure emblématique du pirate pur jus. Long John Silver est un grand gars, brillant aux épaules massives avec une grande barbe rousse et une béquille, drôle, incroyablement intelligent, et avec un rire qui roule comme de la musique, il a un feu et une vitalité inimaginables, qui emportent tout un chacun. Il y a chez lui une dualité marquée : de prime abord, Silver est un compagnon et un marin agréable, et ce n'est que lorsque l'intrigue se déploie que l'on découvre graduellement la vilainie de sa nature. Sa relation avec le gamin Jim est intéressante en ce qu'il lui sert de mentor et de figure paternelle, causant un véritable choc lorsqu'on découvre qu'il a fomenté la mutinerie, en particulier lorsque Jim doit l'affronter. Silver possède quelques vertus. Cette ambivalence se retrouve dans la transposition que fait Stassen en une histoire ancrée dans le contemporain, une chasse au trésor dans un quartier en démolition, avec une profonde réflexion sur le bien et le mal tels qu’ils se manifestent très concrètement dans notre quotidien. « L’île au trésor », par Stassen et Venayre, aux éditions Futuropolis.

 


M.Descornet

 

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08/07/2012

L’élève Ducobu révise un max / L'élève Ducobu, T.18 / Godi, Zidrou / Le Lombard

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L’élève Ducobu sort invariablement un album chaque année, stratégiquement aux alentours de la rentrée scolaire. Cette fois, c’est juste avant les vacances d’été. C’est que le thème affiché en dessin de couverture promet du dépaysement, ou à tout le moins une évasion hors de l’univers clos de la classe. Ca n’empêchera pas cet âne de Ducobu de briller pas sa sottise insondable. Mais avant de le voir exercer son art sur la plage, il nous faut encore subir ses frasques de tricheur compulsif tout au long d’un bon trois quarts de l’album. La qualité reste au même niveau, mais c’est justement cette stagnation qui commence à peser un peu sur le plaisir de lecture. Les auteurs semblent miser sur la sécurité, exploitant le filon avec parcimonie et vision au long terme, ce qui n’est pas critiquable en soi, mais au détriment manifeste de la surprise véritable. Leur andouille d’antihéros ne se renouvelle pas non plus dans ses astuces de fraudeur patenté, ce qui, en définitive, correspond bien au personnage. Son illustre prédécesseur Génial Olivier faisait preuve d’une inventivité et d’une maîtrise de la technologie de pointe qui force le respect tout en le discréditant dans son rôle de cancre. Car un cancre est par nature un abruti, un crétin congénital, ou presque, qui est intrinsèquement incapable d’apprendre, d’étudier, d’emmagasiner des connaissances. « L’élève Ducobu révise un max », par Godi et Zidrou, au Lombard.


M.Descornet

 

 

 

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07/07/2012

La douceur de l’enfer, T.2 / Grenson / Le Lombard / coll.Signé

 

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Billy Summer est un jeune homme perturbé par une histoire familiale tumultueuse. Sa grand-mère paternelle apprend, plus de cinquante ans après sa disparition, que les restes de son mari ont été découverts en Corée. Billy est invité à témoigner sur une chaîne de télévision comment son grand-père est mort en héros pendant la guerre de Corée. Un homme le contacte ensuite pour lui apprendre que son grand-père vit toujours, en Corée du Nord. Commence alors pour Billy un périple qui le mènera à une rencontre sur la ligne de démarcation entre les deux Corées. D’abord revêche, l’homme qui se tient devant lui se confie petit-à-petit sur les événements et les motivations qui l’ont amenés à trahir l’Amérique et à abandonner sa femme enceinte, sans plus jamais donner de nouvelles. Cette histoire extrêmement travaillée adopte un point de vue narratif osé qui fait mouche de magistrale manière. Malgré un effroyable chemin de vie pour les protagonistes principaux, Olivier Grenson réussit a nous le raconter avec délicatesse, compassion et humanité, sans tomber dans le piège de l’émotif. La progression dépeint avec une grande justesse un vécu traumatisant, des blessures profondes, cruelles. « La douceur de l’enfer », deuxième tome, par Grenson, aux éditions Le Lombard, collection Signé.


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06/07/2012

Pied-de-fer / Asgard, T1 / Dorison, Meyer / Dargaud

 

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Les Vikings ont toujours suscité de l’intérêt auprès du public et des raconteurs d’histoires. L’une des plus belles réussites en BD est incontestablement « Thorgal ». Avant de parler des « Mondes de Thorgal », série dédiée à certains personnages secondaires, ouvrons les pages de « Asgard », une épatante immersion dans cet univers des brutes du Nord. « Asgard » est l’histoire d’un homme né avec une jambe atrophiée, mais que son père n’a pas pu éliminer à la naissance, comme c’était de coutume chez les Vikings, et a même prénommé Asgard, du nom du domaine des dieux qui lui est refusé. Une quarantaine d’années plus tard, Asgard est devenu chasseur de monstres. Il vit reclus, solitaire et bourru, à l’écart du village. Justement une créature marine coule tous les navires qui tentent de partir en mer. « Asgard », par ses qualités, pourrait s’inscrire dans les « Mondes de Thorgal », série qui clôture une rétrospective sur la vie de Kris de Valnor. On y apprend les circonstances qui ont fait d’elle une tueuse redoutable et pourtant complexe, attachante, fragile. Elle est morte et se trouve ici confrontée au jugement suprême. « La sentence des Walkyries », deuxième tome de « Kris de Valnor », par Sente et De Vita, aux éditions Le Lombard. Autre BD indispensable : « Pied-de-fer », premier tome de « Asgard », par Dorison et Meyer, chez Dargaud.

 


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05/07/2012

Double nature / Les Carnets de Darwin, T.3 / Runberg, Ocaña / Le Lombard

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Charles Darwin est un des plus grands naturalistes de notre temps. C’est lui qui a construit la théorie de l’évolution des espèces, ainsi que celle de la sélection naturelle. Depuis leur publication, ces théories n’ont cessé de subir les assauts de détracteurs, il faut bien le dire, un peu détraqués. Les plus farouches sont les créationnistes qui dépensent des fortunes pour diffuser aujourd’hui dans les écoles et centres culturels des ouvrages luxueux démontrant à coups d’arguments farfelus que l’homme est apparu sur terre tel qu’il est actuellement. Chez ces gens-là, on ne pense pas, on prie. Charles Darwin est le personnage principal de cette BD de fiction. Des attaques horribles sont commises dans une contrée éloignée d’Angleterre. Les victimes sont sauvagement lacérées et démembrées. Darwin est chargé de déterminer quel type d’animal peut ainsi semer la terreur. Cette tâche n’est pas aisée, tant les témoins sont rares ou affirment ne pas avoir pu distinguer la bête. De fait, le monstre tue à une vitesse vertigineuse et semble doté d’une intelligence tactique imparable.  Darwin fait également une découverte déstabilisante le concernant de près. Admirablement dessinée, cette série se conclut ici de fort plaisante manière, au terme d’un récit palpitant qui soulève quelques questions en demi-teinte. « Double nature », troisième tome des « Carnets de Darwin », par Runberg et Ocaña, aux éditions Le Lombard.

 


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04/07/2012

L’homme qui n’existait pas / Bonin / Futuropolis

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N’avez-vous jamais eu cette sensation étrange d’être transparent pour les autres ? Et même peut-être pour vous-même. Léonid Miller est informaticien. Sa vie n’a pas beaucoup de relief. Il est célibataire et n’a pas vraiment de passion si ce n’est le cinéma. C’est d’ailleurs dans les films qu’il se projette pour incarner l’un ou l’autre personnage dont la vie, quoique fictionnelle, lui semble plus consistante que la sienne. Ces personnages du grand écran lui apparaissent bien plus réels que les gens de la vraie vie. A force de se focaliser sur ce monde virtuel, Léonid Miller s’estompe soudainement. Il devient réellement invisible et inconsistant. Il assiste alors impuissant aux événements qui suivent comme la réattribution de son appartement. Il ne lui reste alors comme seul refuge que la cinémathèque. C’est là qu’il découvre Françoise Angelli, une jeune comédienne qui partage d’une certaine manière sa particularité, en ce sens qu’elle vit sa vie par procuration au travers des rôles qu’elle interprète. Par la force de l’empathie, Léonid tombe sous le charme. Mais, Léonid étant devenu immatériel, Françoise lui reste inaccessible. Un rapprochement se profile pourtant, car Françoise devient petit à petit transparente. Un superbe conte moderne sur le thème de la virtualité des rapports sociaux et sur la nécessité de valoriser nos propres particularités. « L’homme qui n’existait pas », par Bonin, aux éditions Futuropolis.

 


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03/07/2012

Le journal de Jonathan Harvester / Les Fabriques de la mort, T.1 / Slocombe, Martin, Froissard / Delcourt

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Pendant la seconde guerre mondiale, d’abominables atrocités ont été commises sur des prisonniers dans les camps de concentration au nom du progrès de la science. Les crimes contre l’humanité du régime nazi nous sont bien connus. Ce qui l’est moins, ce sont ceux de l’allié japonais de l’Allemagne. Des centaines de milliers de personnes ont péris, victimes d’expérimentations à grande échelle, surtout en Mandchourie, région sur laquelle des largages bactériologiques ont été effectués. Des expérimentations sur des cobayes humains, des civils et des prisonniers de guerre, ont aussi été pratiquées comme des vivisections sans anesthésie ou des recherches sur diverses maladies comme la peste, le typhus et le choléra en vue de les utiliser comme armes bactériologiques. Cette BD repose sur cette réalité historique, et notamment sur la tenue d’un procès qui a condamné ces crimes de guerre et contre l’humanité, mais elle prend aussi pas mal de libertés. Nous sommes dans les années nonante. Jonathan Harvester est un journaliste scientifique anglais. Il se rend au Japon afin de recueillir des informations sur les travaux du professeur Muraki, un éminent spécialiste du sang. Ce sujet intéressant aurait pu bénéficier d’un développement narratif plus fouillé ou plus rythmé. « Le journal de Jonathan Harvester », premier tome des « Fabriques de la mort », par Slocombe, Martin et Froissard, aux éditions Delcourt.

 


M.Descornet