06/04/2011

Les morsures du passé / Le Janitor, T.4 / Sente, Boucq / Dargaud

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La qualité du scénario de cette série se confirme d’album en album et ne fléchit pas. Ici, François Boucq a pris une part plus consistante dans la phase d’écriture. Le Janitor est un agent secret du Vatican. Le Vatican est un état particulier, enchâssé au cœur de Rome, disposant d’une armée un tantinet folklorique de gardes suisses. Pourtant, son emprise dans le monde est considérable. Les compagnies de Jésuites ont constitué depuis des siècles un réseau mondial de renseignement, au fil des missions dans les coins les plus reculés. L’ordre secret des Janitores reste très actif. Le rôle du Vatican pendant la seconde guerre mondiale n’élève pas l’âme des représentants de dieu. La collaboration entache la respectabilité de nombreux ecclésiastiques qui ont participé à la fuite des dignitaires nazis et à la dissimulation de leur trésor. Le Janitor mène une enquête mouvementée sur ce lourd passé de l’Eglise. Le traitement narratif convainc pleinement en évitant habilement les cassures de rythme souvent associées à ce type de récit naviguant entre passé et présent. Le graphisme superbe de Boucq insuffle parfaitement aux personnages leurs contours psychologiques complexes, de même que les tumultueuses péripéties et les menaçants dilemmes qui les accablent. Une éprouvante plongée dans l’enfance de ce prêtre de choc : « Les morsures du passé », quatrième tome du « Janitor », par Sente et Boucq, aux éditions Dargaud.

 

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07/03/2011

Re-mind, T.2 / Mutti, Alcante / Dargaud

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Alcante fait partie de cette nouvelle génération de scénaristes talentueux, très sollicités. L’inconvénient, c’est que ce succès a tendance à voir le nombre de séries signées de cet auteur se multiplier soudainement et envahir les librairies, mais surtout c’est la frustration de devoir ensuite patienter longtemps pour lire la suite de ces histoires. Pour les titres qui marchent le mieux, le délais entre deux albums se réduit par contre sensiblement, au détriment bien sûr des autres séries, histoire d’exploiter le meilleur filon au plus vite. Il s’agit là d’une logique purement commerciale. C’est le revers de la médaille du succès incontestable du secteur de la bande dessinée. On peut critiquer cette manière de faire. Le lecteur avisé se réjouira plutôt de la bonne santé de ce mode artistique qu’il chérit tant, et il prendra son mal en patience. C’est une conséquence de la véritable guerre que se livrent les éditeurs. Ils essaient d’occuper le plus d’espace possible dans les rayons et présentoirs des libraires. Globalement, la qualité s’améliore, tant graphique que narrative. « Re-mind » exploite des recettes qui ont fait leurs preuves, mais présente aussi des attraits indéniables, une construction parfaite, mise en images avec soin. Un père tente de sauver son fils dans le coma. Sa mort permettrait au FBI de contrer un complot terroriste. Redoutablement efficace, ce deuxième tome de « Re-mind », par Mutti et Alcante, aux éditions Dargaud.

 

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03/03/2011

Naja, T.5 / Morvan, Bengal / Dargaud

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Le rythme échevelé des quatre premiers tomes laisse place à un cinquième opus à la fois décoiffant et interpellant. Les lecteurs qui croyaient pouvoir se laisser emmener par un récit violent à la manière d’un film de Tarantino se retrouvent un peu interloqués par cette conclusion qui livre toutes les clés de compréhension et donne corps à la série dans son entièreté. L’apparente trame basique se mue en une succession soudaine de révélations déstabilisantes. Naja est une tueuse professionnelle d’une froideur inégalée. Elle se livre à une épopée sanglante et fratricide puisqu’elle tente d’éliminer les autres tueurs du top trois de l’organisation dont elle fait partie. En réalité tous trois se traquent mutuellement. Ca n’a apparemment pas de sens. Naja montre non seulement une insensibilité morale à l’égard de ses victimes, mais aussi une incroyable résistance à la douleur. En réalité, elle ne ressent absolument aucune émotion ni sensation physique. Nous découvrons enfin les raisons de cet état. Il nous faut pour cela remuer le passé de la jeune femme, explorer ses origines familiales. A contre-pieds du schéma classique du citoyen paisible qui devient un impitoyable vengeur, Naja opère une mutation inverse à nos yeux, une belle pirouette scénaristique. Le cinquième tome de « Naja » clôt remarquablement cette série signée Morvan et Bengal aux éditions Dargaud.

 

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15/02/2011

Ciseaux / Ken games, T.3 / Robledo, Toledano / Dargaud

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Pierre, TJ et Anne son trois amis. Chacun mène une vie en apparence bien stable et rassurante. En réalité, tous ont une part d’ombre, une deuxième vie, qu’ils dissimulent. Pierre n’est pas un doctorant en mathématique, il est avant tout boxeur de haut niveau. TJ applique les beaux principes de la finance dans un contexte bien moins rangé qu’une banque puisqu’il est un des plus redoutables joueurs de poker. Anne n’est pas institutrice pour enfants, elle est aussi auteur de livres pour enfants, mais, surtout, Anne est tueuse professionnelle. Le trio trouve un bel équilibre dans une relation dans laquelle leurs mensonges n’ont pas d’incidence, jusqu’au jour où la face cachée de Anne se trouve braquée sous les projecteurs. Au moment ou TJ lui avoue sa flamme, Anne descend froidement un assaillant. Cet événement sanglant marque la fin de leur belle innocence. TJ évite Anne. C’est au tour de Pierre de révéler involontairement sa vraie nature. Il va disputer un match contre son meilleur ami, le poulain du patron de Anne. Anne est chargée de tuer Pierre si le combat devait mal tourner. Superbe conclusion de ce récit percutant à plus d’un titre, cet album livre les clés de lecture qui manquaient à toute la compréhension de cette BD faite de tension et d’émotion. L’efficacité est le maître mot d’un graphisme élégant et très soigné. « Ciseaux », troisième tome de « Ken games », par Robledo et Toledano, aux éditions Dargaud.

 

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01/02/2011

La Revanche des cendres / Murena, T.8 / Dufaux, Delaby / Dargaud

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L’histoire de Rome a connu de grands bouleversements. Elle a durablement marqué l’évolution de l’Europe. Parmi les événements les plus terribles, le gigantesque incendie que a ravagé des quartiers entiers reste dans la mémoire collective comme un des actes criminels de l’empereur Néron. Mais si Néron avait effectivement des projets architecturaux grandioses et élaborait bel et bien des plans pour raser et reconstruire une bonne partie de la ville de Rome, il n’aurait probablement pas mis le feu pour contourner les écueils diplomatiques ou la vindicte populaire. C’est le parti pris par Dufaux et Delaby qui nous proposent leur interprétation des événements. Leur héros, Murena, serait à l’origine du déclenchement de l’incendie. Tout l’album relate dans les menus détails l’effroyable brasier, la panique des habitants pris au piège des flammes, l’écroulement des bâtiments, les règlements de comptes en pleine fournaise, la misère, le deuil, la souffrance dans les décombres fumants. Ils nous est même donné de voir comment Néron fait face à la catastrophe, son geste généreux qui contraste avec l’image communément véhiculée. La progression dramatique ne souffre d’aucun défaut. Le dessin subjugue. « Murena » s’affirme décidément comme une BD d’exception, avec ce huitième album remarquable en tous points : « la Revanche des cendres », par Dufaux et Delaby, aux éditions Dargaud.

 

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31/12/2010

Le Pavillon des plaisirs / Djinn, T.10 / Dufaux, Miralles / Dargaud

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Alors que l’Inde est encore sous le joug du colonisateur britannique et que des tensions montent un peu partout dans le pays, un jeu d’influence prend une tournure nouvelle. Le prince est fiancé à une jeune fille ravissante et intelligente qui a toutes les qualités mais un défaut de taille cependant, puisqu’elle est la fille du principal opposant à l’occupant anglais. L’autorité de tutelle tente de le localiser et de le capturer afin de le réduire au silence, car son influence grandit de jour en jour. Sa fille constitue un appât de taille. Le prince est tout acquis à la cause des britanniques et représente un levier inestimable. Il est donc tout naturellement le centre des enjeux de part et d’autre. La mère du prince, en porte à faux avec les opinions de son fils, fait appel à une Djinn pour faire pencher la balance. Elle lui demande de fournir des armes à sa future belle-fille. Commence alors une éducation très particulière, celle du plaisir charnel, qui permet aux femmes d’envoûter les hommes, de le contraindre à leurs caprices, de les soumettre à leur volonté, par le moyen le plus trivial, mais aussi le plus efficace, par la faiblesse la plus remarquable des hommes. Une superbe BD aux ambiances érotisantes peintes dans un tourbillon de couleurs enivrantes; une intrigue à la fois diplomatique et sensuelle ; un petit bijou aux éclats multicolores : « Le Pavillon des plaisirs », dixième tome de « Djinn », par Dufaux et Miralles, chez Dargaud.

 

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21/12/2010

Passage obligé / Petit Mardi et les Zumins, T.1 / Jouannigot / Dargaud

 

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Après avoir commis un superbe album muet intitulé « Château chat » et qui mettait en scène une faune sympathique et dynamique qui courrait dans toutes les directions à la poursuite d’un ballon de football, Loïc Jouannigot passe à la vitesse supérieure en nous livrant un récit animalier parlant et de plus longue haleine. Et puis, surtout, il introduit des personnages humains sans oublier heureusement de laisser la part belle aux petites bêtes qui nous avaient déjà charmés dans ses précédentes productions. Une campagne foisonnante, un paysage vallonné, une bicoque de caractère, le décor est planté. Cerise et Voltaire jouent aux explorateurs. Les deux enfants se faufilent dans une galerie cachée par une niche insignifiante. Au fond du trou, ils font connaissance d’une importante communauté de rongeurs. Leur irruption dans cet univers miniature provoque l’émoi et une réaction énergique. Alors que Cerise parvient à prendre la fuite, Voltaire se fait proprement ligoter comme Gulliver par le Lilliputiens. Cette réjouissante aventure démarre pleine de promesses de rebondissements inventifs, drôles, subtils. « Passage obligé », premier tome très réussi de « Petit Mardi et les Zumins », une BD qui plaira autant aux enfants qu’aux parents signée Loïc Jouannigot, aux éditions Dargaud.

 

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