16/07/2010

Faire le mur / Le Roy / Casterman / coll.Auteurs

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Maximilien Le Roy est un jeune auteur, mais il a déjà à son actif quelques belles réalisations. Notons la récente et imposante biographie libre de Nietsche, en collaboration avec le philosophe Michel Onfray. Cette fois-ci, Maximilien Le Roy s’inspire d’une rencontre marquante avec un palestinien de son âge lors d’un séjour en Cisjordanie durant l’été deux mille huit. Les deux hommes se sont liés d’amitié. Ils partagent une passion pour le dessin, un esprit d’ouverture et un engagement humaniste. Mahmoud Abu Srour relate sa curieuse destinée. Il a grandi aux côtés de jeunes israéliens juifs avec qui il a partagé ses jeux d’enfant. Il s’est investit dans ce petit lopin de terre familial pour y élever des animaux et y construire un rêve, y bâtir un avenir. Mais un jour, des soldats israéliens ont l’ont invité ainsi que son père pour une simple formalité administrative. De retour chez eux, un bulldozer démolissait leur maison, les animaux avaient été abattus et des colons s’apprêtaient à s’installer. Cette réalité qui peut paraître exagérée et caricaturale est pourtant bien tangible. Elle fait naître du désespoir et de la colère. Cette politique d’expansion et d’humiliation est d’abord le fait d’un gouvernement radical, qui ne reflète pas toutes les consciences du peuple israélien, mais qui, pourtant, gagne du terrain. La propagande est savamment orchestrée. Le vocable de « terroriste » désigne indistinctement tous les palestiniens. Il participe d’un vaste lavage de cerveau et attise les antagonismes. Mahmoud, malgré la rudesse de la vie, entretient toujours cette conviction profondément ancrée en lui : la création d’états distincts ne correspond pas aux aspirations des gens. C’est une construction idéologique. La terre d’Israel, la Palestine, c’est une terre où devraient se côtoyer harmonieusement les êtres humains de quelque religion que ce soit. Mahmoud garde cette sagesse humaniste, malgré les brimades, malgré l’emprisonnement de son cousin injustement condamné à perpétuité, malgré le mur construit par l’état d’Israel pour se protéger des terroristes, malgré les nombreux checkpoints qui parsèment les routes et empêchent la libre circulation en Cisjordanie, sauf pour les colons juifs, malgré les violences physiques et verbales infligées sans discernement aux hommes, femmes et enfants, malgré les tirs de snipers sur les passants, malgré cette politique camouflée de la terreur, malgré l’alibi galvaudé du peuple juif persécuté pendant la seconde guerre mondiale et devenu dès lors intouchable. Mais les victimes du génocide ne sont pas que juives. L’affirmer, ce serait nier les souffrances des Arméniens infligées par les Turcs, les massacres entre Utus et Tutsis au Rwanda, l’extermination des peuples indiens en Amérique, la disparition des tribus en Amazonie suite à la déforestation, les Kurdes en Irak, les Tibétains ; la liste est longue et traverse l’Histoire depuis les origines. Comment un jeune Palestinien peut-il comprendre que les victimes des tortionnaires nazis, avec qui il n’a aucun lien, agissent aujourd’hui, envers lui, avec une brutalité comparable ? « Faire le mur » n’apporte pas les réponses mais il pose de bonnes questions. Une BD de Maximilien Le Roy, aux éditions Casterman, collection Auteurs.

 

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08/07/2010

Le Châtiment / Lefranc, T.21 / Martin, Delperdange, Drèze, Taymans / Casterman

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Jacques Martin est décédé mais ses personnages lui survivent grâce à une équipe fournie de scénaristes et de dessinateurs. Malheureusement, la qualité des uns et des autres est inégale. Nous en avons encore un bel exemple avec ce nouvel épisode. Si le duo Drèze – Taymans est très convaincant au niveau du graphisme, conforme à la série, le bât blesse sérieusement du côté du scénario. Delperdange se montre peu investi de son sujet, maladroit dans ses développements, et nous livre une histoire pesante, touffue, farcie de scènes inutiles et de raccourcis malencontreux. Le thème n’atteint pas non plus des sommets d’originalité. Guy Lefranc assiste à la remise des Oscars à Hollywood, une cérémonie perturbée par des fanatiques religieux. Ils reprochent à ce haut lieu de l’industrie cinématographique de sombrer dans la luxure et la dépravation. Ils annoncent de manière prophétique un châtiment qui s’abattra sur la ville. En fait de volonté divine, c’est surtout sous la forme d’une bombe que le bras vengeur de dieu accomplira cette funeste prédiction. La cible est le barrage qui surplombe Hollywood. Hautement dispensable, cet album garnira pourtant les rayons de la bibliothèque de tout fan de Jacques Martin qui se respecte. Il serait temps que les auteurs leur témoignent plus de respect. « Le Châtiment », vingt et unième tome de « Lefranc », par Martin, Delperdange, Drèze et Taymans, aux éditions Casterman.

 

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23/06/2010

Sextape / Cadène / Casterman / coll.KSTR

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Thomas Cadène a pris un abonnement aux récits improbables. Après « Rosalinde », il publie « Sextape », une chronique sur le come-back médiatique d’une star déchue. Anja a été chanteuse vedette. Elle a tenu le haut de l’affiche jusqu’à sa révolte envers sa mère qui gérait sa vie au millipoil. Anja a tout perdu lorsqu’elle s’est émancipée. Mais elle a gagné une vie plus équilibrée, plus sage, plus austère. Elle s’est réfugiée dans une villa classieuse perdue dans un paysage rustique. Le patelin le plus proche est peuplé de gens simples, rustiques eux aussi. Anja coule des jours paisibles dans sa villa en compagnie de Gordon, son garde du corps qui n’est même pas son amant. Elle s’ennuie. Un jour, elle surprend un homme en train de l’observer avec des jumelles à travers sa large baie vitrée. Pris sur le fait, le pauvre Will n’a rien d’un voyeur ou d’un paparazzi. C’est juste un concours de circonstances. Gordon le relâche après que Anja lui ait fait une étrange proposition. Elle l’invite à continuer à l’observer à travers sa baie vitrée et, en contrepartie, une caméra filmerait le living de Will. Le décor est planté, le drame peut commencer. Car c’est bien un drame qui va se jouer mais on n’en saura peu de choses jusqu’à la toute fin d’un récit habilement construit, qui titille notre curiosité, presque notre voyeurisme. « Sextape », par Cadène, aux éditions Casterman, collection KSTR.

 

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14/06/2010

Fahrenheit 451 / Bradbury, Hamilton / Casterman / coll.Ligne rouge

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Dans un futur proche, un bouleversement majeur a déstabilisé l’équilibre sociétal en profondeur. L’individu et son épanouissement sont relégués au second plan. Tout ce qui peut concourir à l’élévation intellectuelle et au libre arbitre est impitoyablement détruit. Sur l’autel de cette dictature, les premiers objets à être immolés sont les livres, porteurs de la connaissance et vecteurs du débat d’idées. L’autodafé est exécuté par ceux-là même qui étaient jadis chargés d’éteindre les incendies, les pompiers. Ce choix hautement symbolique traduit à merveille le propos de Ray Bradbury dans son roman initial. Les pompiers occupent une place honorable dans l’opinion publique et représente même l’image du héros désintéressé dans notre inconscient collectif. En faire l’instrument du pouvoir totalitaire relève du coup de génie. Appelés à intervenir, les pompiers débarquent avec leurs lance-flammes chez les personnes prises en flagrant délit de posséder des livres. Il n’est pas rare de brûler aussi les fautifs avec leur maison entière. L’adaptation en BD, dessinée par Tim Hamilton, traduit admirablement toute la tension du bouquin. Nous y suivons avec d’autant plus d’intérêt la progression mentale et l’éveil d’un pompier en proie à une crise de conscience qui se conclura par un recentrage sur l’authentique. « Fahrenheit 451 », par Bradbury et Hamilton, aux éditions Casterman, collection Ligne rouge.

 

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09/06/2010

Le Voyage des cendres / Canardo, T.19 / Sokal / Casterman

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Les enfants d’un milliardaire défunt héritent d’une petite fortune à condition d’accéder aux derniers souhaits de leur paternel. Hector Van Bollewski veut que ses cendres soient dispersées dans son pays natal, la Belgique. Sinon, le pactole ira aux autres membres de la famille. Jusque là, l’histoire semble assez classique. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est que Van Bollewski est un fameux maffieux et que son entourage n’est pas exactement constitué d’enfants de chœur. Ses enfants jumeaux, Harry et Monica, sont d’exécrables rejetons, habitués au luxe, à l’oisiveté et à la violence gratuite. Sorti de chez le notaire pour préparer la voiture, leur chauffeur explose avec le véhicule. La veuve de Van Bollewski fait alors appel à son cousin Canardo pour escorter les deux adolescents. Canardo ne mène pas vraiment d’enquête ici. Il trimbale simplement les héritiers au travers d’une Belgique certes caricaturale mais rudement bien cernée, avec quelques clichés qui ont la vie dure car un fond de vérité les alimente. Ce road movie rythmé se révèle succulent, farci de références, de situations surréalistes et de retournements de situation, cent pour cent belges, avec quelques accents multiculturels qui font partie de notre paysage. C’est du tout bon divertissement : « Le Voyage des cendres » dix-neuvième tome de « Canardo », par Sokal, aux éditions Casterman.

 

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08/06/2010

Bonne arrivée à Cotonou / Chauzy, Barrois / Dargaud

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Au cinéma, le film « Safari » n’a pas connu un succès retentissant. Il faut dire que même si le ton léger et humoristique a un côté charmant, l’ensemble accuse quelques longueurs. L’acteur principal, Gad Merad, y tient un rôle qu’il défend de manière honorable. Cet acteur français vient de rejoindre les privilégiés qui ont leur tête aux Guignols de l’info. Ce petit détour par le septième art nous amène à cette nouvelle BD signée Chauzy et Barrois. Le propos est sensiblement identique malgré quelques différences de pure forme. Charles, un parisien sans relief, d’une splendide banalité, rêve de l’Afrique. Il a décoré son appartement à outrance avec du tout et du n’importe quoi aux couleurs du continent noir. Il n’en croit pas ses yeux le jour où il gagne un voyage au Bénin. Dans tous ses états, le jour du grand départ, et armé d’une insondable naïveté, Charles accepte de dépanner un couple de Béninois qui lui confient un paquet excédentaire. Avec son air d’innocent congénital, Charles passe tous les contrôles douaniers sans souci. Mais son indélicatesse le poussera à ouvrir le colis et à se brosser les dents avec le dentifrice qu’il contient. L’effet euphorisant est immédiat. C’est le début d’une succession de gags pas très originaux d’un récit tiré par les cheveux à la conclusion peu convaincante, mais au graphisme toujours bien sympa. « Bonne arrivée à Cotonou », par Chauzy et Barrois, aux éditions Dargaud.

 

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31/05/2010

Les enfants de l’envie / Piquet / Casterman / coll.écritures

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Derrière ce titre emprunt de poésie se dissimule une réalité bien crue, celle de ceux que l’on a longtemps qualifiés de bâtards, ces enfants nés d’une histoire d’amour éphémère ou même d’un moment de folie passagère. Basile est l’un d’eux. Il a grandi avec sa maman et ne connaît de son papa que le prénom, Henry, et son origine américaine. Ses inlassables questions auprès de sa maman restent sans réponses. Basile n’en saura donc pas plus sur son père et a abandonné l’espoir de le voir un jour. Basile est un trentenaire lorsqu’il revient dans sa petite ville de Laon après une longue période passée à Paris. Il y retrouve son ami Rémi, qui souffre d’une phobie sociale sévère. Rémi se sent extrêmement mal à l’aise lorsqu’il est en présence de gens qu’il ne connaît pas. Il évite les foules et s’est dégoté un emploi de veilleur de nuit, bien solitaire. Un beau jour, le maire de Laon organise des retrouvailles avec les soldats américains qui ont libéré la France en 45. Il propose à Basile d’exposer ses toiles. Car Basile peint invariablement des images de cette Amérique idéalisée, comme pour combler ce manque de papa, un papa qui va peut-être enfin réapparaître. Le trait sobre et linéaire de Gabrielle Piquet anime avec fluidité un récit touchant, sensible, qui nous invite à briser les freins que nous nous infligeons et qui nous empêchent de nous épanouir. « Les enfants de l’envie », aux éditions Casterman, collection écritures.

 

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