16/11/2010

La Vallée perdue / Kraa, T.1 / Sokal / Casterman

 

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Benoît Sokal, auteur de l’Inspecteur Canardo, se permet quelques incursions dans des genres différents, avec un trait nettement plus réaliste et un traitement pas nécessairement plus abouti mais qui se veut plus travaillé. Citons, parmi ses plus belles réussites, le one shot « Le Vieil homme qui n’écrivait plus ». Puis il y a eu le moins inspiré « Paradise », en quatre tomes avec Bingono aux pinceaux. Et voilà qu’il remet ça avec une série étonnante, militante mais de manière assez abrupte. Nous partageons les pensées d’un aigle évoluant dans des territoires indiens convoités par des chercheurs d’or sanguinaires dans la région du Yukon aux Etats-Unis. Klondike, c’est le surnom d’un homme, William Ogilvie, un pionnier sans loi accompagné d’une meute d’assassins patentés. Nous sommes à la fin du dix-neuvième siècle et le monde change. L’avenir appartient à ceux qui seront saisir les opportunités et ne s’encombrer d’aucun état d’âme. Justement, un aigle n’a pas non plus d’état d’âme. Ou plutôt, il n’éprouve aucun sentiment, aucune émotion. L’aigle que nous suivons fait une rencontre décisive, celle d’un enfant indien. Il identifie en lui le frère qu’il avait perdu, mortellement tombé du nid. L’aigle et l’enfant suivent un même instinct : surprendre et tuer très vite. Et ne jamais laisser de répit à une proie blessée. Une superbe fable écrite dans le sang : « La Vallée perdue », premier tome de « Kraa », par Sokal, aux éditions Casterman.

 

BD commentée par Marc Descornet

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01/10/2010

Faut de tout pour faire un monde ! / Nathalie, T.19 / Salma / Casterman

 

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Charles Baudelaire écrivait dans « Les fleurs du mal » : « Amer savoir, celui qu’on tire du voyage ! Le monde, monotone et petit, aujourd’hui, Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image : Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui ! ». Cette vision pessimiste va à l’encontre du dicton « Les voyages forment la jeunesse ». Mais Baudelaire commençait son texte par ceci : « Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes, L’univers est égal à son vaste appétit ». Nathalie est une petite fille rêveuse. Et ses rêves l’emmènent aux quatre coins du monde, sur les cinq continents et les sept mers. Mais sa vie ressemblerait plutôt aux douze travaux d’Hercule. Ses parents sont séparés. Son papa rame pour maintenir son entreprise à flot. Sa maman lui renvoie une image qui est loin du modèle qu’elle se fait de l’avenir. Son tonton paresseux fini veut bien partager ses aventures exotiques, mais il n’a pas un rond en poche. Quant à son petit frère, Nathalie doit certainement avoir inconsciemment une dent contre lui, vu les sévices qu’elle lui inflige, une série d’accidents malencontreux. Enfin, ses copines sont imbuvables, pas du tout au diapason avec ses envies d’ailleurs. Bref, le petit monde de Nathalie est déjà bien rempli. Une BD à la fois réjouissante et intelligente : « Faut de tout pour faire un monde ! », dix-neuvième tome de « Nathalie », par Salma, aux éditions Casterman.

 

BD commentée par Marc Descornet

 

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27/09/2010

L’ordre naturel des choses / Le Tueur, T.8 / Jacamon, Matz / Casterman / coll.Ligne rouge

 

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Le tueur est un professionnel implacable. Il assassine sur commande. L’exécution de ses contrats est soignée. Il fait mouche à tous les coups. Ses tarifs sont proportionnels à la qualité de ses services. Il n’a pas de nom. On l’appelle seulement le Tueur. Son visage, quoique humain, reste serein et impassible. Il ne ressent aucun remord pour ses victimes, hommes, femmes ou enfants, même si parfois des scrupules le titillent. Le tueur est un philosophe aussi. C’est d’ailleurs une profonde réflexion sur la vie et sur le sens de notre existence qui la dirigé vers ce métier si particulier et qui le conforte dans ce choix. Les travers de l’humanité n’ont aucune circonstance atténuante à ses yeux. Quant à la marche du monde, elle suit simplement l’ordre naturel des choses. De tous temps, la loi du plus fort s’est imposée, c’est une loi naturelle qui a pour corollaire une sélection tout aussi naturelle. Pour que les plus forts puissent vivre, il faut que les plus faibles meurent. Le tueur ne fait rien d’autre que d’appliquer cette loi. Cette superbe série ne faiblit pas. Le propos reste percutant, la mise en image y contribue grandement. Mais il devient temps que cette histoire qui s’étale sur plusieurs tomes arrive à sa conclusion. « L’ordre naturel des choses », huitième tome du « Tueur », par Jacamon et Matz, aux éditions Casterman, collection Ligne rouge.

 

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16/09/2010

Les Bidochon n’arrêtent pas le progrès / Les Bidochon, T.20 / Binet / Casterman

 

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Les Bidochon sont un couple de Français moyen inventé par Binet et sujet de moqueries douces-amères. Dans ce vingtième opus, ils sont pris par la fièvre consommatoire. Impossible de ne pas penser à la chanson de Boris Vian : « Autrefois pour faire sa cour, On parlait d'amour. Pour mieux prouver son ardeur, On offrait son cœur. Aujourd'hui, c'est plus pareil. Ça change, ça change. Pour séduire le cher ange, On lui glisse à l'oreille, Viens m'embrasser, Et je te donnerai, Un frigidaire, Un joli scooter, Un atomixer, Et du Dunlopillo, Une cuisinière, Avec un four en verre, Des tas de couverts, Et des pell' à gâteaux, Une tourniquette, Pour fair' la vinaigrette, Un bel aérateur, Pour bouffer les odeurs, Des draps qui chauffent, Un pistolet à gaufres, Un avion pour deux, Et nous serons heureux, Autrefois s'il arrivait, Que l'on se querelle, L'air lugubre on s'en allait, En laissant la vaisselle, Aujourd'hui, que voulez-vous, La vie est si chère, On dit: rentre chez ta mère, Et l'on se garde tout, Excuse-toi ; Ou je reprends tout ça. Mon frigidaire, Mon armoire à cuillères, Mon évier en fer, Et mon poêl' à mazout, Mon cire-godasses, Mon repasse-limaces, Mon tabouret à glace, Et mon chasse-filous, La tourniquette, A faire la vinaigrette, Le ratatine-ordures, Et le coupe-friture, Et si la belle, Se montre encore rebelles, On la fiche dehors, Pour confier son sort, Au frigidaire, À l'efface-poussière, À la cuisinière, Au lit qu'est toujours fait, Au chauffe-savates, Au canon à patates, À l'éventre-tomates, À l'écorche-poulet, Mais très très vite, On reçoit la visite, D'une tendre petite, Qui vous offre son cœur, Alors on cède, Car il faut bien qu'on s'entraide, Et l'on vit comme ça, Jusqu'à la prochaine fois ». « Les Bidochon n’arrêtent pas le progrès », vingtième tome des « Bidochon », par Christian Binet, aux éditions Casterman.

 

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09/09/2010

Acqua Alta, T.1 et T.2 . / Schmitt / Casterman

 

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Lorsque vous plongez littéralement dans cette BD, vous êtes submergés par une vague aux embruns familiers. Rapidement, l’apparition d’un cube dont la taille évolue précise en vous le souvenir d’une belle découverte, celle qui avait causé la fièvre d’Urbicande, une structure cubique qui envahissait la ville en prenant de l’ampleur. Et vous voilà englouti par l’univers des Cités obscures de François Schuiten et Benoît Peeters. Car cette histoire en deux tomes, « Acqua Alta », pourrait harmonieusement s’incruster dans cet univers. Graphiquement, Daria Schmitt fait preuve d’une extraordinaire maîtrise. Ses couleurs, mariées avec science, contribuent grandement à la beauté de l’œuvre. Quant à la mise en scène, elle frôle la perfection. Le tableau serait impeccable s’il n’y avait cette sourde lassitude, de plus en plus présente au fil des pages. Le récit s’embourbe dans cet élément aquatique omniprésent, dans lequel pataugent des personnages inconsistants derrière un vernis pourtant séduisant. La variété architecturale compense une dommageable unité de lieu alors que des caractères trop lisses aggravent une histoire qui tourne en rond, au risque de disparaître dans un tourbillon. Au final, cette BD présentée en diptyque possède un charme indéniable mais peu de corps, ou alors bien caché au fond d’un insondable abysse. « Acqua Alta », une histoire en deux tomes, par Schmitt, aux éditions Casterman.

 

BD commentée par Marc Descornet

 

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17/08/2010

Les Chemins de l’exil / La Mémoire d’Abraham, T.1 / Morvan, Ersel, Halter / Casterman / coll.Univers d’auteurs

 

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La question de la pertinence d’une adaptation d’un roman en BD se pose souvent et fait grincer les dents de bien des critiques qui y voient une intention mercantile. Pourtant, cette adaptation a le mérite de toucher un nouveau public et peut-être d’inciter à la lecture du roman original, voire à donner goût à la lecture de livres autres que de la BD. La véritable question est de savoir si l’adaptation se justifie en soi et apporte un plus à l’œuvre. L’exemple du « Cri du peuple », adapté de Jean Vautrin par Jacques Tardi, est particulièrement remarquable. Il est trop tôt pour ce prononcer à l’égard de « La Mémoire d’Abraham ». Ce premier album est assez réussi mais il faudra se forger une opinion au cours de la bonne vingtaine de tomes prévus, et un sacré budget ! Plusieurs dessinateurs se succèderont sur le scénario de Morvan. Ersel se défend bien pour le lancement de la série. Quant au récit en lui-même, il est déjà connu. Marek Halter réalise une véritable enquête sur ses ancêtres jusqu’à Abraham, un scribe de Jérusalem du premier siècle avant Jésus-Christ, promis à une destinée hors du commun, faite de souffrance, d’humilité et de grandeur. « Les Chemins de l’exil » premier tome de « La Mémoire d’Abraham », par Morvan et Ersel, d’après Marek Halter, aux éditions Casterman, collection Univers d’auteurs, avec des couvertures de Rosinski.
BD commentée par Marc Descornet

 

19/07/2010

R97, les hommes à terre / Cailleaux, Giraudeau / Casterman

Bernard Giraudeau est décédé des suites d'un cancer ce samedi 17 juillet 2010 à Paris.

En hommage à ce grand homme aux multiples talents, La BD en Bulles vous propose de découvrir cette BD tirée d'un de ses romans, avec pour sujet la mer et les marins, la grande passion de Bernard Giraudeau.

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Bernard Giraudeau n’était pas seulement un acteur, comédien et réalisateur de talent. Il était aussi un romancier au baggage consistant, capable d’un travail d’écriture fouillé, attachant, intense. C’est le cas avec cette BD dessinée par Christian Cailleaux d’un trait hâché et dur, aux couleurs expressives, à l’image de l’univers auquel il donne vie, celui des marins. C’est un monde à part que celui des marins. Leur vie ne leur permet pas de se fixer. Ce sont des nomades, forcés de partager un espace confiné avec les autres, pendant des mois, des années, toute une vie. L’enfer décrit par Sartre ! Lors des escales, sur des rivages aux quatre coins du monde, les marins deviennent des hommes à terre. Là, ils se donnent une bouffée d’oxygène, vivent des passions éphémères qui rejoignent le cliché d’ « une fille dans chaque port ». Mais cette non-permanence est indispensable à leur équilibre. Elle leur permet de tenir le coup, elle est d’ailleurs leur raison de vivre. Parfois, elle est la raison de leur mort. Dans cet album touchant, nous suivons le parcours initiatique d’un jeune marin qui n’a pas connu l’amour, ni la haine. L’amour, c’est une jeune fille d’un paradis sur terre qui va le lui offrir. la haine, ce sont ses camarades qui vont la lui faire goûter. Un récit beau et envoûtant, un voyage introspectif aux horizons du monde : « R97, les hommes à terre », par Cailleaux et Giraudeau, aux éditions Casterman.

 

BD commentée par Marc Descornet

 

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