11/04/2011

Etat de veille / Reviati / Casterman

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Ce roman graphique de plus de trois cent cinquante pages aborde un sujet hautement sensible. Autant le dire d’amblée, il n’est pas aisé d’accéder à la lecture éveillée de ce récit parfois étouffé par un hermétisme abscons. Le lecteur averti qui se sera accroché, verra son champ réflexif s’élargir ou conforté par un réquisitoire contre les travers de la société dite « moderne », et plus particulièrement l’aliénation sous toutes ses formes qu’elle induit. La toute puissance du superflu a tendance à occulter les valeurs humaines essentielles. La communication déclinée sous d’innombrables formes technologiques contribue à l’uniformisation des besoins. Les masses téléphages s’empiffrent de programmes pré-formatés, qui les plongent dans une abrutissante léthargie. Ce sommeil qui garantit le calme social est savamment entretenu par les détenteurs du pouvoir, augmentant par là leurs possibilités d’action, repoussant toujours plus loin le point de rupture qui fera basculer la société dans la révolte. Cet état de renoncement, se situe au cœur du récit de Davide Reviati, qui dépeint une communauté d’ouvriers, et de leurs enfants, dont la vie se trouve phagocytée par les impératifs de production d’une usine pétrochimique. Au-delà de ce contexte particulier, l’auteur dénonce des pratiques soporiphiques déshumanisantes. « Etat de veille », par Reviati, aux éditions Casterman.

 

M.DESCORNET

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05/04/2011

L’île au trésor / Enlevé / Pratt / Casterman

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C’est un sublime objet que vous tenez dans les mains. Et dans cet album volumineux, deux histoires d’un des plus grands auteurs du siècle passé bénéficient d’une mise en valeur exceptionnelle. Bien sûr, le classique de Robert Louis Stevenson est bien connu. Cette histoire de pirate, archétype absolu du roman d’aventure,  a inspiré et inspire encore une belle brochette de raconteurs d’histoires de pirates. Hugo Pratt avait également été séduit par cette œuvre dense qui décortique le mécanisme du désir de possession, la vanité et sa futilité. Dans l’ombre de « L’île au trésor », le roman « Enlevé » mérite un coup de projecteur. Il s’agit de l’évocation d’une course épuisante dans les landes écossaises de deux héros, d’une amitié dépeinte avec ironie, de la découverte tout à la fois de la sauvagerie du monde et de la sauvagerie en soi-même que l’on se doit d’accepter. Cette ambigüité morale sert de moteur à la plupart des récits d’aventures. Stevenson a jeté les bases du genre, il en a tiré la quintescence et a su l’insuffler dans des personnages attachants, pris dans les tourments de la grande histoire. Stevenson évite les poncifs et imprime à son style une légèreté remarquable, un verbe imagé qui ne pouvait que séduire Hugo Pratt dans son adaptation en BD, à la fois fascinante et inquiétante. Une œuvre magistrale : « L’île au trésor », suivie de « Enlevé », par Hugo Pratt, aux éditions Casterman.

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10/03/2011

Le temps des cerises / Les aventures de Boro, reporter photographe, T.2 / Veber, Frank, Vautrin / Casterman

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L’intérêt d’adapter un roman en BD, c’est de lui conférer une âme propre, à la fois fidèle à l’œuvre originale et indépendante par essence. Jacques Tardi s’est emparé de l’œuvre de plusieurs romanciers, tels Léo Malet pour Nestor Burma, Jean-Patrick Manchette pour « la position du tireur couche » et Jean Vautrin pour « le cri du peuple », qui lui a valu le Prix Carolus Quintus de la BD sociale. N’est pas Tardi qui veut. Veber tente de transposer les aventures de Boro, de son vrai nom Blémia Borowicz, un reporter photographe évoluant dans l’Europe tumultueuse des années trente, une période rongée par les signes avant-coureurs du conflit qui allait embraser la planète. Au printemps mille neuf cent trente six, le Front Populaire vient de remporter les élections. Le communisme se radicalise, les grèves se multiplient, les conditions sociales se détériorent et la répression s’intensifie. L’amant de la protégée de Boro est arrêté et emprisonné. Boro va tenter de lui venir en aide alors qu’il doit faire face à de redoutables détracteurs qui recourent aisément à la violence. Les dessins soignés de Veber se regardent avec plaisir, cependant ils desservent la dynamique du récit. Un traitement peu judicieux. « Le temps des cerises », deuxième tome des « aventures de Boro, reporter photographe », par Veber, Frank et Vautrin, aux éditions Casterman.

 

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08/02/2011

Les années douces, T.2 / Taniguchi, Kawakami / Casterman / coll.écritures

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Les rencontres fortuites entre une jeune femme et son ancien professeur composent la trame de cette histoire intimiste faite d’émotion retenue. Tsukiko se montre nonchalante. Célibataire un tantinet négligente, elle repousse maladroitement ses prétendants de son âge. Elle n’en a pas pleinement pris conscience mais elle nourrit un amour grandissant pour son ancien maître d’école qu’elle appelle simplement « le maître ». La différence d’âge ne constitue pas un frein. A vrai dire, leur romance improbable doit beaucoup au hasard qui guide leurs pas et les mène à se rencontrer, le plus souvent au comptoir d’un resto. Au fil du temps, ils s’enhardissent et en viennent à provoquer des occasions, tel un pique-nique ou une excursion. Une formidable complicité les rapproche. Des goûts très proches, une appréhension commune de la vie, une pudeur, un sens esthétique, une série de petits riens qui font tout, ces deux êtres vibrent aux diapason. Bien entendu, certaines dissonances ou désaccords empêchent une parfaite harmonie, mais pas assez pour troubler leur idylle en devenir. Le lecteur savoure les petits pas, en avant, en arrière et de côté qui mènent Tsukiko et le Maître imperceptiblement vers une magnifique histoire d’amour transcendante. « Les années douces », en deux tomes, par Taniguchi et Kawakami, chez Casterman, collection écritures.

 

BD commentée par Marc Descornet

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13/01/2011

D’un monde à l’autre / India dreams, T.6 / Maryse, Charles / Casterman

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Pour ce nouveau cycle d’une des séries les plus charmeuses du paysage de la bande dessinée contemporaine, nous démarrons sur le vieux continent, au sein de la bonne société londonienne. Un couple de nantis s’apprête à émigrer vers l’Inde. Tout l’album suit les préparatifs de ce départ et s’attarde à décortiquer les motivations des différents protagonistes. Outre cette famille bien installée en quête de changement, nous suivons les tribulations de leur dame de compagnie, fraichement engagée, et qui les suivra au bout du monde. Cette jeune femme un peu gourde a été recrutée sur recommandation. Elle n’a pas encore fait connaissance avec ses employeurs. Parallèlement, nous assistons à un drame sanglant, celui d’une autre jeune femme, d’un tout autre milieu, en proie à de graves problèmes. Elle vient de commettre un meurtre ignoble, celui de son propre enfant et du père de celui-ci. Cet acte immoral nous remet en mémoire le crime atroce de Geneviève Lhermitte, qui a égorgé un à un ses enfants, froidement, consciencieusement, avec méthode. Qu’est-ce qui peut bien pousser une mère à tuer ses enfants ? Au-delà du pardon, il y a la compréhension, voire l’empathie que l’on peut tenter de témoigner. Maryse et Jean-François Charles signent un album dense, une passionnante remise à l’étrier pour cette excellente série. « D’un monde à l’autre », sixième tome de « India dreams », aux éditions Casterman.

 

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30/12/2010

Ernest Latulipe / Magasin général, T.6 / Loisel, Tripp / Casterman

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L’expérience « Magasin général » se poursuit avec un égal plaisir. Pour rappel, la conception de cette BD repose sur un partenariat à nul autre pareil. Régis Loisel et Jean-Louis Tripp se réservent chacun la part de la réalisation qui leur plaît le plus. Loisel adore traduire une histoire en crayonnés énergiques tandis que Tripp prend son pied dans le rendu méticuleux des matières et des ombres qui confèrent au récit des ambiances soignées. Quant à l’histoire, ils la concoctent ensemble, mais c’est parfois à se demander si les personnages n’auraient pas pris leur envol, indépendamment de la volonté des auteurs, tant leurs péripéties se succèdent harmonieusement. Pourtant, le tumulte secoue cette petite communauté perdue dans un bled du Québec. Marie, la tenancière du Magasin général, se dirige chaque jour davantage vers un épanouissement personnel depuis qu’elle est devenue veuve. Son comportement bouscule les habitudes jusqu’à provoquer un tollé lorsqu’elle séduit le fiancé d’une autre. Sous la pression insoutenable des quolibets assassins, Marie s’en était allée à Montréal, au grand désarroi de ses détracteurs, ainsi dépourvus des précieuses fournitures dont ils s’approvisionnaient chez Marie. Un récit inspiré, des thèmes traités avec délicatesse et justesse, une superbe mise en images : « Ernest Latulipe », sixième tome de « Magasin général », par Loisel et Tripp, aux éditions Casterman.

 

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19/11/2010

Le Testament de César / Alix, T.29 / Venanzi, Martin / Casterman

 

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Les héros sont éternels, et survivent à leurs créateurs. Le vingt-neuvième album d’Alix paraît alors que Jacques Martin nous a quitté et n’a nullement participé à la genèse de ce nouvel épisode de son héros d’origine gauloise et devenu citoyen romain à l’époque de Jules César. Alix est même devenu un ami intime de l’empereur et bon nombre de personnalités influentes de son entourage. C’est justement le cœur de ce récit. Alix puisqu’il y sera question du testament de César et de son héritier. Sans rien dévoiler de l’intrigue, on peut dire que cet album renoue avec les bons crus de la série tant il réserve au lecteur son lot de surprises et de scènes palpitantes, toujours empreintes d’un remarquable classicisme. Il est évident que Marco Venanzi s’est rigoureusement conformé à une charte graphique et narrative stricte. Il réussit non seulement à respecter fidèlement l’esprit de la série mais aussi à insuffler à Alix un dynamisme qui manquait cruellement à quelques unes de ses précédentes aventures. Le rôle dévolu à Enak, le jeune ami égyptien d’Alix, plaira aux lecteurs férus de cette vaste fresque antique, méticuleusement documentée. L’histoire humaine rejoint harmonieusement les histoires d’humains. Les sentiments et valeurs morales conventionnels se déclinent fort à propos dans cette BD très réussie : « Le Testament de César », vingt-neuvième tome de « Alix », par Venanzi, d’après Martin, chez Casterman.

 

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