19/10/2011

Ca ne coûte rien / Saulne / Casterman / coll.KSTR

 

Shanghai a vécu les Jeux Olympiques et accueilli l’Exposition Universelle. Ces vingt dernières années, cette métropole a connu une métamorphose considérable. Des quartiers entiers ont été rasés. Des immeubles gigantesques à l’architecture audacieuse ont poussé à une allure vertigineuse. Cette transformation éclair a laissé des familles sur le carreau et causé un effroyable cataclysme social. L'écart se creuse entre les nouveaux riches, qui profitent des ambitions de la ville, et les couches populaires, qui fuient les campagnes. Cette dualité avance masquée, à l’ombre des gratte-ciel. En deux-mille huit, Pierre, un jeune Français, séjourne à Shanghai invité par une amie, en attendant de toucher un héritage conséquent. Il vit la belle vie. Ca ne coûte rien de se loger, de manger, de se vêtir. Ca ne coûte rien de faire la fête, de fréquenter les lieux de débauche. Pierre dépense sans compter. Il profite de ces délices et de ce luxe si accessible. Mais l’héritage se fait attendre et les finances de Pierre commencent à souffrir. Il va alors découvrir la vraie vie des Chinois, la face cachée du décor. Le thème central de ce parcours initiatique consiste en une sensibilisation à notre état de dépendance à l’argent et à la facilité. Et ça, ça ne coûte rien de l’essayer, que le risque de voir ses certitudes se fissurer et de se recentrer sur l’essentiel. « Ca ne coûte rien », par Saulne, aux éditions Casterman, collection KSTR.

 

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16/10/2011

Le Sang de Caroline / H.M.S., T6 / Roussel, Seiter / Casterman

 

A la toute fin du dix-huitième siècle, sur l’île de Saint-Vincent, un groupe de révoltés en fuite, les Garifunas, s’apprête à prendre le large à bord du HMS Gloucester, un Vaisseau de Sa Majesté dont ils se sont emparés. L’île antillaise de Saint-Vincent est connue pour sa capitale Kingstown. A cette époque, elle est dirigée par un gouverneur. Il est rapidement alerté de cette opération en cours. C’est l’occasion pour lui de frapper un grand coup et de réduire les séditieux au silence éternel. Il charge le général Abercomby de mettre rapidement sur pied un raid sanglant. Mais les insurgés sont prévenus par un espion bien placé. Justement, John Fenton enquête secrètement pour le compte de l’Amirauté sur les agissements de cet insaisissable et mystérieux espion qui met à mal la communauté des colons planteurs sur l’île. Fenton s’est installé dans la plantation Rathbone, un endroit stratégique. Après de longues et infructueuses recherches, il va enfin trouver une piste des plus surprenantes. Cette série maritime multiplie les développements inattendus et nous propose des récits bien charpentés dont l’inspiration doit sans-doute une grande part aux mythiques aventures de Barbe-Rouge. Tout est mis en place pour offrir au lecteur une aventure captivante sur fond de conflit social. « Le Sang de Caroline », sixième tome de « H.M.S. » (les Vaisseaux de Sa Majesté), par Roussel et Seiter, aux éditions Casterman.

 

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Concurrence déloyale / Le Tueur, T9 / Jacamon, Matz / Casterman

 

L’image communément véhiculée du tueur professionnel s’approche du solitaire ténébreux habillé de noir, un homme méfiant, sans scrupules ni états d’âme, qui n’est intéressé que par l’argent, le sang et la violence, souvent un brin sadique. Le tueur de Jacamon et Matz diffère radicalement de ce cliché qui a paradoxalement la vie dure. Le tueur n’a pas de nom connu. S’il travaille de préférence en solitaire, il ne se formalise pas de la présence de co-équipiers. Consciencieux, c’est un des meilleurs et des plus sollicités. Il porte habituellement une tenue très décontractée avec une chemise à fleurs. Il a fondé un foyer, même si sa famille sort du commun. Sa compagne est originaire d’une tribu perdue du fin fond de l’Amazonie, une région menacée par la déforestation. Le tueur a des principes humanistes. Il se montre d’ailleurs très philosophe, s’adonnant à des réflexions anthropologiques profondes. C’est en poussant sa logique à l’extrême que le tueur en arrive à justifier ses activités meurtrières. Le tueur est entouré d’amis. Il a des projets ambitieux et pense à sa reconversion, comme de se mettre à son propre compte. Cet album déçoit un tantinet au sein de cette série de haut niveau. Il tourne un peu en rond autour des interrogations trop inconsistantes du tueur sur ses choix immédiats. « Concurrence déloyale », neuvième tome du « Tueur », par Jacamon et Matz, aux éditions Casterman.

 

 

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11/10/2011

Julia et Roem / Bilal / Casterman

 

Le titre indique immédiatement une référence à « Romeo et Juliette ». Le lecteur s’attend donc à une tragédie shakespearienne. Le décor se dévoile. Le monde est ravagé, englouti dans un brouillard perpétuel. Un cataclysme a décimé l’humanité à l’exception de groupes de survivants épars, à la merci de maladies, du manque d’eau et de pétrole. Malmenée par nos agissements, notre planète s’est rebellée. En un gros coup de sang, elle nous a exprimé sa colère, détruisant la menace, nous laissant face à notre propre misère, face à nos responsabilités. Dans ce paysage post-apocalyptique, un ancien aumônier militaire dénommé Lawrence parcourt ce monde, prêt à venir en aide aux âmes égarées, de quelque confession que ce soit. Ils dispose également de ressources plus matérielles. La succession des événements lui réserve une incroyable surprise. Tout se met en place presque comme une fatalité pour reproduire un scénario écrit depuis longtemps. En tant qu’acteurs de notre propre destinée, si nous voulons que nos actions influent sur le chemin tracé, nous devons montrer une volonté sans faille assortie à un espoir constant. Pétrit d’écologie et d’humanisme, Enki Bilal s’approprie un des joyaux du romantisme, le détourne, le réactualise et nous en inflige un enseignement inattendu, dans son style narratif si particulier. Une superbe évocation : « Julia et Roem », par Bilal, aux éditions Casterman.

 

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04/10/2011

L’île au trésor / Enlevé / Pratt / Casterman

 

C’est un sublime objet que vous tenez dans les mains. Et dans cet album volumineux, deux histoires d’un des plus grands auteurs du siècle passé bénéficient d’une mise en valeur exceptionnelle. Bien sûr, le classique de Robert Louis Stevenson est bien connu. Cette histoire de pirate, archétype absolu du roman d’aventure,  a inspiré et inspire encore une belle brochette de raconteurs d’histoires de pirates. Hugo Pratt avait également été séduit par cette œuvre dense qui décortique le mécanisme du désir de possession, la vanité et sa futilité. Dans l’ombre de « L’île au trésor », le roman « Enlevé » mérite un coup de projecteur. Il s’agit de l’évocation d’une course épuisante dans les landes écossaises de deux héros, d’une amitié dépeinte avec ironie, de la découverte tout à la fois de la sauvagerie du monde et de la sauvagerie en soi-même que l’on se doit d’accepter. Cette ambigüité morale sert de moteur à la plupart des récits d’aventures. Stevenson a jeté les bases du genre, il en a tiré la quintescence et a su l’insuffler dans des personnages attachants, pris dans les tourments de la grande histoire. Stevenson évite les poncifs et imprime à son style une légèreté remarquable, un verbe imagé qui ne pouvait que séduire Hugo Pratt dans son adaptation en BD, à la fois fascinante et inquiétante. Une œuvre magistrale : « L’île au trésor », suivie de « Enlevé », par Hugo Pratt, aux éditions Casterman.

 

 

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11/05/2011

Au temps de Botchan, T.1 / Taniguchi, Sekikawa / Casterman / coll.écritures

 

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L’une des premières œuvres de Jirô Taniguchi en imposait par son volume. Le scénariste Natsuo Sekikawa a accompagné Taniguchi pendant presque tous ses débuts jusqu’à ce point d’orgue, cette œuvre volumineuse, hors norme par son propos. L’histoire se situe au Japon pendant l’ère Meiji qui s’est étalée de mille huit cent soixante huit à mille neuf cent douze, une période marquée par la modernisation du pays, mais aussi par la guerre russo-japonaise. Ce récit prend d’ailleurs racine à Tokyo juste après la fin de cette guerre, en novembre mille neuf cent et cinq. L’écrivain Natsume Soseki, après un séjour en Angleterre, entame l’écriture de son œuvre la plus célèbre intitulée « Botchan », un des romans les plus populaires du Japon. Ce court roman a inspiré une vaste fresque en bande dessinée, un admirable travail de fond, nourri d’une impressionnante documentation, d’une érudition qui force le respect. La densité de cette BD n’en altère cependant pas la lisibilité. On reconnaît la patte typique de Taniguchi, son extraordinaire maîtrise du tempo, sa faculté à transcrire les émotions, tout en retenue mais avec énormément de précision et de clarté. Cette œuvre en cinq gros volumes est rééditée avec un soin tout particulier : « Au temps de Botchan », premier tome, par Taniguchi et Sekikawa, aux éditions Casterman, collection écritures.

 

M.DESCORNET

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12/04/2011

Le Grand Duc d’Occident / Jhen, T.12 / Martin, Cayman, Payen / Casterman

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Philippe trois de Bourgogne, dit Philippe Le Bon, a succédé à son père Jean Sans Peur lors de l’assassinat de celui-ci, poignardé sur ordre de son ennemi le dauphin Charles, futur roi de France. Par esprit de vengeance, Philippe Le Bon fait alliance avec l’Angleterre contre les Français. Il reste inconsolable de la mort de son père et porte perpétuellement le deuil. C’est n’est pas une fallacieuse bonté qui lui vaut son surnom mais une dextérité hors du commun au maniement de l’épée, ce serait donc plus précisément Philippe le bon bretteur. Hors des activités belliqueuses, revanchardes, Philippe Le Bon cultive une passion pour l’art sous diverses formes. Il apprécie les peintres, les écrivains, les musiciens et les sculpteurs. Il mandate Jhen pour dessiner et ériger la voute d’un noble édifice. Le talent de Jhen séduit le Grand Duc qui l’accueille parmi ses confidents privilégiés. A côté de ses affinités artistiques, Philippe Le Bon s’avère un redoutable guerroyeur, un politique cynique et sans scrupules, qui aime s’entourer de conseillers avisés, mais il est aussi un homme véhément, à la fois colérique et miséricordieux, grand amateur de femmes. Ce portait contrasté en fait un personnage captivant qui donne à ce récit une bonne partie de sa chair. Une BD fidèle à l’esprit insufflé par feu Jacques Martin : « Le Grand Duc d’Occident », douzième tome de « Jhen », par Cayman et Payen, aux éditions Casterman.

 

M.DESCORNET

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