10/03/2011

Le temps des cerises / Les aventures de Boro, reporter photographe, T.2 / Veber, Frank, Vautrin / Casterman

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L’intérêt d’adapter un roman en BD, c’est de lui conférer une âme propre, à la fois fidèle à l’œuvre originale et indépendante par essence. Jacques Tardi s’est emparé de l’œuvre de plusieurs romanciers, tels Léo Malet pour Nestor Burma, Jean-Patrick Manchette pour « la position du tireur couche » et Jean Vautrin pour « le cri du peuple », qui lui a valu le Prix Carolus Quintus de la BD sociale. N’est pas Tardi qui veut. Veber tente de transposer les aventures de Boro, de son vrai nom Blémia Borowicz, un reporter photographe évoluant dans l’Europe tumultueuse des années trente, une période rongée par les signes avant-coureurs du conflit qui allait embraser la planète. Au printemps mille neuf cent trente six, le Front Populaire vient de remporter les élections. Le communisme se radicalise, les grèves se multiplient, les conditions sociales se détériorent et la répression s’intensifie. L’amant de la protégée de Boro est arrêté et emprisonné. Boro va tenter de lui venir en aide alors qu’il doit faire face à de redoutables détracteurs qui recourent aisément à la violence. Les dessins soignés de Veber se regardent avec plaisir, cependant ils desservent la dynamique du récit. Un traitement peu judicieux. « Le temps des cerises », deuxième tome des « aventures de Boro, reporter photographe », par Veber, Frank et Vautrin, aux éditions Casterman.

 

BD commentée par Marc Descornet

09/03/2011

Hurricane / Milan K., T.2 / Timel, Corentin / Les Humanoïdes associés

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Milan King est un jeune homme d’origine russe. Son vrai nom est Micha Khodorov. Il est le fils d’un oligarque assassiné en prison en même temps que toute sa famille. Seul Micha en a réchappé, sauvé et protégé par Igor le fidèle garde du corps de son père. Igor a élevé Micha devenu Milan. Il en est devenu le père adoptif. Mais le destin les a rattrapé. Une nouvelle de les éliminer échoue mais Igor, grièvement blessé, gît dans un profond coma. Son état se dégrade et, faute de soins urgents et onéreux, les pronostics sont extrêmement défavorable. Milan tente par tous les moyens de lui sauver la vie. Il a besoin d’argent. Justement, son père avait mis une fortune considérable de côté sous forme de participations dans une société très lucrative et dont Milan K devient actionnaire majoritaire. Mais ses démarches en vue de concrétiser cette transaction déclenchent une réaction en chaîne meurtrière et le laissent démuni. Il doit alors ruser et faire preuve de ténacité. L’élégance du trait de Corentin témoigne du plaisir du dessinateur à mettre en images ce récit qui touche de près à la réalité dans ses aspects politiques et financiers, particulièrement dans la diaspora russe, mafieuse. Une mécanique narrative huilée à souhait, un tempo soutenu, des personnages attachants, un engrenage féroce, une intrigue ébouriffante, c’est « Hurricane », deuxième tome de « Milan K. » par Timel et Corentin aux Humanoïdes associés.

 

BD commentée par Marc Descornet

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08/03/2011

Devoir surveillé / Les Profs, T.13 / Erroc, Pica / Bamboo

 

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Le métier de prof figure parmi les plus ingrats. Chargés d’assurer les fondations de notre société de demain, d’inculquer aux nouvelles générations un bagage de connaissances, de savoir-faire et de comportements, les profs sont sous-payés et sujets aux sarcasmes injustes de ceux qui réduisent leur fonction à une vingtaine d’heures de cours hebdomadaire et pointent leurs nombreuses vacances scolaires. C’est faire l’impasse sur les nombreuses heures de préparation de cours, de corrections de devoirs ou d’examens. C’est oublier la profonde implication que ce dur métier nécessite, la résistance morale indispensable, les trésors de diplomatie que les profs doivent mobiliser pour gérer des élèves de plus en plus confrontés au découragement d’une société en crise. La profession d’enseignant est un infernal calvaire. Et pourtant, tous ceux qui l’exercent vous affirmeront qu’ils ne changeraient pour rien au monde. Leur engagement est total. Ils sont mus par une volonté de fer et une foi à toutes épreuves dans le potentiel de chaque enfant. Ils s’investissent avec une abnégation qui force le respect. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, comme dans tout groupe social, qui renforcent le cliché du fonctionnaire fainéant toujours en grève. Il y a un peu de tout cela dans « Devoir surveillé », le treizième tome désopillant des « Profs », par Erroc et Pica, aux éditions Bamboo.

 

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07/03/2011

Re-mind, T.2 / Mutti, Alcante / Dargaud

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Alcante fait partie de cette nouvelle génération de scénaristes talentueux, très sollicités. L’inconvénient, c’est que ce succès a tendance à voir le nombre de séries signées de cet auteur se multiplier soudainement et envahir les librairies, mais surtout c’est la frustration de devoir ensuite patienter longtemps pour lire la suite de ces histoires. Pour les titres qui marchent le mieux, le délais entre deux albums se réduit par contre sensiblement, au détriment bien sûr des autres séries, histoire d’exploiter le meilleur filon au plus vite. Il s’agit là d’une logique purement commerciale. C’est le revers de la médaille du succès incontestable du secteur de la bande dessinée. On peut critiquer cette manière de faire. Le lecteur avisé se réjouira plutôt de la bonne santé de ce mode artistique qu’il chérit tant, et il prendra son mal en patience. C’est une conséquence de la véritable guerre que se livrent les éditeurs. Ils essaient d’occuper le plus d’espace possible dans les rayons et présentoirs des libraires. Globalement, la qualité s’améliore, tant graphique que narrative. « Re-mind » exploite des recettes qui ont fait leurs preuves, mais présente aussi des attraits indéniables, une construction parfaite, mise en images avec soin. Un père tente de sauver son fils dans le coma. Sa mort permettrait au FBI de contrer un complot terroriste. Redoutablement efficace, ce deuxième tome de « Re-mind », par Mutti et Alcante, aux éditions Dargaud.

 

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04/03/2011

Bajram, destructeur d’univers / Bellefroid / Soleil

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Une déferlante de pulsions magnétiques submerge Thierry alors qu’il remplace certains de ses composants érodés par des éléments puisés dans une sous-couche minérale non-exploitée depuis deux millénaires. Cet apport soudain lui ouvre de nouvelles sources d’information numérique conservée par la matière, une rémanence ancestrale. La révélation est fulgurante. En l’espace d’une microseconde, Thierry comprend qu’il vient d’accéder à une source inestimable qui lui permet d’explorer les recoins d’un univers oublié, celui d’un messie dans le sens que les humains pouvaient donner à ce concept. Ce n’est pas Jésus, Mahomet, ni aucun des porteurs d’idées appelés philosophes, non, il s’agit de Denis Bajram. Cet humain était un précurseur, un visionnaire. La mémoire collective digitale des concepteurs humains comporte des traces des univers imaginés par Bajram, tant son emprunte domine le moment clé survenu lors de la grande mutation, celle qui a vu l’extinction de l’homme et l’avènement du vivant numérique. Le choc qui secoue Thierry est comparable à celui qu’aurait ressenti un explorateur exhumant les preuves d’une vérité inébranlable éclairant les fondements de sa propre existence. Thierry découvre ses origines oubliées. Il vient d’intégrer les fabuleux fichiers du livre d’entretiens écrit par son ancêtre humain Bellefroid du temps du système solaire. Le sujet : « Bajram, destructeur d’univers ».

 

Livre commenté par Marc Descornet

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03/03/2011

Naja, T.5 / Morvan, Bengal / Dargaud

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Le rythme échevelé des quatre premiers tomes laisse place à un cinquième opus à la fois décoiffant et interpellant. Les lecteurs qui croyaient pouvoir se laisser emmener par un récit violent à la manière d’un film de Tarantino se retrouvent un peu interloqués par cette conclusion qui livre toutes les clés de compréhension et donne corps à la série dans son entièreté. L’apparente trame basique se mue en une succession soudaine de révélations déstabilisantes. Naja est une tueuse professionnelle d’une froideur inégalée. Elle se livre à une épopée sanglante et fratricide puisqu’elle tente d’éliminer les autres tueurs du top trois de l’organisation dont elle fait partie. En réalité tous trois se traquent mutuellement. Ca n’a apparemment pas de sens. Naja montre non seulement une insensibilité morale à l’égard de ses victimes, mais aussi une incroyable résistance à la douleur. En réalité, elle ne ressent absolument aucune émotion ni sensation physique. Nous découvrons enfin les raisons de cet état. Il nous faut pour cela remuer le passé de la jeune femme, explorer ses origines familiales. A contre-pieds du schéma classique du citoyen paisible qui devient un impitoyable vengeur, Naja opère une mutation inverse à nos yeux, une belle pirouette scénaristique. Le cinquième tome de « Naja » clôt remarquablement cette série signée Morvan et Bengal aux éditions Dargaud.

 

BD commentée par Marc Descornet

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02/03/2011

Barrio / Giménez / Fluide glacial

 

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Carlos Giménez puise son inspiration dans son parcours de vie et dans celui de proches, de sa famille, d’amis ou même d’autres témoins de l’époque franquiste en Espagne. Dans les années cinquante, l’Espagne est en effet dirigée par Franco, un dictateur qui a saigné son pays, le plongeant dans la violence, la famine, la peur, l’injustice et l’arbitraire. Dans cet enfer, les enfants déployaient des trésors d’imagination pour se distraire avec le peu dont ils disposaient. C’’était le règne de la débrouille et, la plupart du temps, du chacun pour soi. Ces gamins devaient prendre une part active à la survie de leur famille dès leur prime adolescence. Beaucoup finissaient dans des orphelinats ou dans des foyers de l’assistance publique. La pauvreté extrême causait d’innombrables drames tragiques, dans des familles déchirées sur lesquelles le sort s’acharnait. Giménez excelle dans l’art de nouer les tripes de ses lecteurs, avec des situations insoutenables. Il parvient à raconter l’indicible grâce à un subtil équilibre entre la rudesse de la vie et l’innocence de l’enfance, alchimie qui se traduit aussi dans son dessin digne de Marcel Gotlib. Mais c’est une innocence brisée qu’il met en scène. Et l’on n’en sort pas indemne. Cet album volumineux témoigne d’une réalité que doivent encore subir de nombreux peuples dans le monde. Une BD indispensable : « Barrio », par Giménez, aux éditions Fluide glacial.

 

BD commentée par Marc Descornet

 

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