16/04/2009

Het jaar van de olifant / Linthout / Bries

Un père est brutalement confronté au suicide de son fils. L’incompréhension, la détresse et le désarroi le gagnent. Karel perd pieds, comme pour emboîter le pas à son fils qui a sauté dans le vite ; l’issue pourrait lui être aussi fatale. Victime d’hallucinations répétitives, cet homme ordinaire à la vie simple entre dans un processus de décalage par rapport à la réalité et à son environnement. Son tissu social se désagrège, se détricotte et s’effiloche. La déconstruction touche son emploi, sa relation de couple, sa famille, ses amis. Le trouble qui le gagne le mène sur les chemins de la marginalisation. Face à l’inexplicable disparition de son fils, Karel va laisser son esprit vagabonder et le conduire dans les méandres des défenses naturelles du cerveau, jusqu’au bord de la folie. Karel est déboussolé, comme le sont de plus en plus de gens sans histoires qui basculent soudainement dans le sordide, sans raison apparente. Cette attitude choquante nous interpelle gravement. Karel n’en est pas arrivé là, mais son sort n’en est pas moins tragique. La perte de repères est due bien souvent à l’incapacité des individus à gérer leurs émotions et à réagir constructivement dans des situations déstabilisantes avec, à la clé, la perte de tout respect de soi-même, l’impossibilité de redevenir maître de ses choix, l’abandon de sa propre destinée. Dans « Het jaar van de Olifant », c’est un crayonné travaillé, plus qu’une ébauche, qui restitue la touchante sincérité de l’auteur, son processus de création apparenté à une thérapie, et qui nous relate son propre vécu. Ce choix graphique témoigne de la difficulté pour l’auteur d’exprimer l’indicible ; l’extérioriser sans devoir le répéter. L’encrage en deviendrait douloureux et gommerait le côté intime du premier jet au crayon. « Het jaar van de Olifant » expose sans fausse pudeur toute la terrible descente aux enfers d’un homme qui survit au suicide de son fils. Soulignons aussi l’admirable prouesse de cet auteur humoristique pour un tel changement de registre. Cette série de huit albums signés Willy Linthout aux éditions Bries fait partie de la sélection du Prix Carolus Quintus.

 

BD commentée Marc Descornet

07:00 Écrit par Marc Descornet - La BD en Bulles dans Prix Carolus Quintus | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : linthout, het jaar van de olifant, bries |  Facebook |

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